YieldStreet lève 62 millions pour ouvrir l’investissement alternatif à tous

Il y a eu une vague de jeunes entreprises de technologie de pointe qui rendent différents types d’investissement plus accessibles à un plus grand nombre de personnes, et aujourd’hui, l’une d’entre elles a réuni une importante somme d’argent pour l’aider à remplir sa mission.

YieldStreet ne se contente pas de promettre l’accès à l’investissement alternatif : la plateforme veut concrètement ouvrir la porte de marchés longtemps restés verrouillés. Immobilier, marine, expédition, financement juridique, prêts commerciaux… Autant de segments autrefois réservés à une poignée d’initiés, désormais proposés à un public plus large. C’est dans cette optique que la société vient de lever 62 millions de dollars lors d’un tour de table en série B.

Milind Mehere, cofondateur et dirigeant de YieldStreet, détaille la feuille de route : ces fonds serviront à transformer la plateforme, pour que n’importe quelle personne intéressée puisse investir, et non plus seulement une minorité privilégiée.

L’ambition affichée est claire : faire tomber les barrières qui réservent la création de patrimoine à quelques-uns. La démocratisation de l’investissement passe par une ouverture réelle, loin des cercles fermés et de la logique de club qui ont trop longtemps dominé le secteur.

« Pour que chacun puisse viser une sécurité et une indépendance financières, il faut leur donner accès aux mêmes produits que les institutions », insiste Mehere. L’objectif ? Maximiser la valeur de l’argent de chacun, quels que soient les réseaux ou les codes d’accès.

Ce financement a été piloté par Edison Partners, accompagné notamment de Greenspring Associates, Raine Ventures et d’un family office new-yorkais pesant plusieurs milliards de dollars. La valorisation actuelle de YieldStreet reste confidentielle. Selon PitchBook, l’entreprise avait déjà réuni environ 116 millions de dollars, dont une large part en dette.

En chiffres, la trajectoire de YieldStreet s’affirme : plus de 600 millions de dollars investis via la plateforme, 100 000 membres, un taux de rendement interne affiché à 12 % et plus de 300 000 paiements de capital et d’intérêts reversés à ses clients. Jusqu’ici, l’accès était réservé aux investisseurs qualifiés, une première étape vers l’ouverture, mais le cercle restait restreint. Aux États-Unis, ce statut d’investisseur qualifié repose sur des critères précis : posséder au moins un million de dollars de patrimoine net, ou percevoir 200 000 dollars de revenus annuels.

YieldStreet entend maintenant franchir un cap. Le plan ? Développer de nouveaux véhicules d’investissement accessibles sans condition d’accréditation. Cette évolution s’appuie déjà sur YieldStreet Wallet, un compte d’épargne ouvert à tous qui propose 2,2 % d’intérêts.

Il s’agit, comme l’explique Mehere, de donner aux investisseurs non accrédités les moyens de diversifier leurs placements via des produits conçus sur-mesure par la plateforme. Les aspects réglementaires et juridiques sont actuellement en cours de structuration. YieldStreet explore également les possibilités d’intégrer les comptes de retraite et IRA à ces offres, pour élargir encore la palette d’outils disponibles.

Le contexte joue en faveur de ces innovations. La loi américaine sur l’emploi et la tendance massive des particuliers à transférer leurs finances en ligne ont ouvert la voie à une nouvelle génération de startups. Celles-ci s’attachent à libérer le flux de capitaux et à bousculer les vieilles habitudes des marchés. Certaines ciblent directement les marchés publics, à l’image de Robinhood qui a popularisé la bourse auprès du grand public. D’autres investissent le champ de l’investissement privé, hors cotation : PeerStreet, par exemple, propose un modèle proche de YieldStreet mais dédié à l’immobilier ; au Royaume-Uni, LendInvest permet de financer des acquisitions immobilières sans passer par l’hypothèque classique.

Pour Chris Sugden, associé directeur d’Edison Partners, le basculement est en marche : « Permettre à tous les investisseurs, qu’ils soient accrédités ou non, d’accéder à des produits jadis réservés aux institutions, c’est la grande promesse de la fintech. La technologie crée l’ouverture, fait baisser les frais, et ces économies bénéficient directement aux clients. » Sugden rejoint d’ailleurs le conseil d’administration de YieldStreet à la faveur de cette levée.

Dans cet écosystème en ébullition, la multiplication des acteurs de la fintech, notamment dans l’investissement, prépare le terrain à des rapprochements. YieldStreet ne s’en cache pas : la société envisage d’explorer les opportunités de fusion, d’acquisition, ou ce que Sugden nomme le « rebundling », la création de plateformes intégrées qui unifient toute l’offre de services financiers.

Pour beaucoup, l’avenir de l’investissement se jouera sur la capacité à tout gérer depuis une seule application. Les plateformes nées avec une seule spécialité devront vite élargir leur horizon, que ce soit par classe d’actifs, par produit, par géographie ou par structure. Ceux qui sauront bâtir ces ponts pourraient bien attirer la prochaine génération d’investisseurs, bien décidés à ne plus rester spectateurs.