Comment Cross River unit la tradition financière à l’innovation du pintech

‘Alors j’ai pris ton ancêtre Abraham de l’autre côté de l’Euphrate et je l’ai conduit à travers tout le pays de Canaan. J’ai multiplié ses descendants, et je lui ai donné son fils Isaac.’ C’est un passage de Josué 24:3 qui décrit comment Abraham a ‘traversé’ la ligne de démarcation en un éveil spirituel. C’est aussi l’inspiration du nom de Cross River Bank (CR), dirigé par son charismatique fondateur Gilles Gade.

Le fleuve Hudson ne rivalise pas avec l’Euphrate pour sa dimension sacrée, pourtant il se passe quelque chose d’atypique à Fort Lee, dans le New Jersey. Là-bas, une banque accompagne des acteurs majeurs de la technologie financière : Affirm, Circle, Best Egg, Coinbase, Rocket Loans, Stripe, Upstart, Transferwise. Cross River ne fait pas que suivre le courant, elle le façonne.

Tout commence modestement, dans une agence à Teaneck. Puis la banque prend de l’ampleur sur le crédit, jusqu’à devenir aujourd’hui un symbole de coopération entre établissements traditionnels et start-up de la finance. Gilles Gade met un point d’honneur à protéger ses clients tout en leur offrant davantage : plus de possibilités, plus de qualité. La dernière évolution de Cross River, c’est une panoplie d’offres technologiques qui bousculent les idées reçues et tiennent bon face à la pression réglementaire, comme en témoigne l’incertitude née du dossier Madden contre Midland Funding, ou la concurrence qui ne faiblit pas. Pour garder le rythme, la banque vient de lever 100 millions de dollars auprès d’une division de KKR et investit dans un vaste immeuble près du pont George Washington. Un pari osé pour une institution à la pointe de la technologie, mais c’est la marque de fabrique de Cross River : respecter les règles, sans jamais s’enfermer dans les recettes toutes faites. Pour l’instant, la stratégie paie.

GS :Gilles, ravi de t’accueillir. Pour commencer, peux-tu expliquer ce que recouvre concrètement la notion de responsabilité d’entreprise, qui reste floue pour beaucoup ?

GG : Merci, Gregg. Nous sommes ancrés dans l’esprit banque communautaire depuis le début, il y a onze ans. D’ailleurs, nous figurons parmi les dernières banques lancées sous la supervision de la FDIC avant l’arrêt du programme consécutif à la crise bancaire. Le programme a d’ailleurs repris depuis.

GS :Votre entrée dans la fintech a marqué un tournant. Tout a démarré avec GreenSky. Peux-tu en raconter l’origine ?

GG : Au moment où GreenSky était sur le point de conclure un partenariat majeur avec Home Depot, il leur fallait une structure pour gérer les crédits haut de gamme générés dans 1600 magasins. Nous avons signé avec eux pour mettre notre bilan à disposition.

GS :Aujourd’hui, Cross River est partenaire bancaire de choix pour une impressionnante palette de fintechs. Mais vous restez une banque avec une agence bien réelle, fidèle à la banque de proximité, c’est bien ça ?

GG : Exactement. Tout ce que nous proposons à nos clients, nous l’appliquons d’abord à nous-mêmes.

GS :Vous avez enrichi votre gamme de services, mais le crédit reste-t-il votre activité principale ?

GG : Pour l’instant oui, mais la frontière s’efface rapidement. Prenez une entreprise de paiement qui souhaite prêter, ou une société de prêt qui veut offrir des services de paiement : elles peuvent le faire grâce à nos infrastructures.

GS :J’entends bien que les frontières du secteur fintech se brouillent. Pourtant, vous restez une banque du New Jersey sous la tutelle de la FDIC.

GG : C’est exact.

GS :Ce qui signifie que votre réputation est engagée pour chacun de vos clients, c’est bien ça ?

GG : Absolument.

GS :Par exemple, si Max Levchin d’Affirm commettait un faux pas, ce sont les régulateurs qui se tourneraient vers vous en priorité.

GG : Oui, ils viendraient nous demander des comptes.

GS :En vous ouvrant à un modèle élargi qui intègre les paiements, vous naviguez dans un univers complexe, où se croisent des profils très différents. J’imagine que le tri parmi les nouveaux prospects est sévère ?

GG : Plus qu’on ne le pense. Il y a deux ans, le secteur a vu affluer de nombreux nouveaux venus. Nous avons signé plus de 250 accords de confidentialité, mais seulement 19 plateformes ont été retenues, soit moins de 10%.

GS :J’ai consulté vos résultats, Gilles, et ils illustrent bien l’intérêt d’une sélection rigoureuse. Avec ces résultats, pourquoi s’intéresser à la cryptomonnaie, un secteur instable et risqué ? Est-ce vraiment indispensable ?

GG : C’est une question pertinente. Nous ne fermons pas la porte si nous pensons pouvoir apporter une valeur ajoutée. Lorsqu’un projet émerge, nous commençons par rédiger un livre blanc et procédons à une analyse complète des risques, sans oublier l’évolution du cadre réglementaire. Si nos partenaires externes valident nos politiques et procédures, alors et seulement alors, nous envisageons de lancer l’activité.

On ne traverse pas un fleuve pour se contenter de regarder l’autre rive. Cross River avance, refuse l’immobilisme, et semble décidé à tracer sa propre route au milieu des rapides de la finance moderne.