Plus tôt cette semaine, à la CMM de Barcelone, BMW a annoncé sa plus récente initiative d’IA embarquée : BMW Natural Interaction. L’idée ici est d’utiliser des caméras, des micros et d’autres capteurs dans la voiture pour vous permettre d’avoir des interactions plus naturelles avec la voiture, soit par la voix ou les gestes. La caractéristique du chapiteau ici est la possibilité de pointer quelque chose à l’extérieur de la voiture et d’obtenir plus d’informations à son sujet ou, s’il s’agit d’un restaurant, de demander à l’assistant personnel intelligent BMW (IPA) de faire une réservation pour vous. Ces systèmes fonctionneront en combinant l’intelligence artificielle embarquée et les technologies de cloud computing – et pour cela, BMW continue à miser sur le cloud Azure de Microsoft.
Après cette annonce, j’ai pu échanger avec Christoph Grote, vice-président senior de BMW Group en charge de l’électronique. Ce que j’ai vu lors de la démonstration tenait presque du film d’anticipation, mais Grote a tenu à dissiper tout doute : tout ce qui a été présenté n’a rien d’illusoire, c’est prêt à sortir des usines. « Je ne pense pas que j’aurais pris la parole si ce que j’ai montré aujourd’hui relevait du fantasme », m’a-t-il confié. Tout est déjà en production de série, certains éléments sont même intégrés dans la BMW OS7. Le gros du travail, désormais, se concentre sur le iNext, leur SUV électrique. Les équipes peaufinent la reconnaissance du regard, de l’orientation de la tête, le suivi des gestes, et fusionnent l’ensemble de ces modes d’interaction. Ce qui a été dévoilé aujourd’hui entrera prochainement dans la vie réelle des conducteurs.
Dans les faits, BMW mise sur deux caméras distinctes : l’une, à grand angle, placée derrière le rétroviseur, capte les gestes aussi bien du conducteur que du passager avant. L’autre, installée derrière le tableau de bord, cible uniquement le conducteur : elle repère clignements d’yeux, direction du regard, posture de la tête, le tout avec une précision chirurgicale.
Grote l’a souligné : déterminer où se porte précisément le regard n’a rien d’anodin. Les caméras localisent facilement les mains par rapport à l’habitacle, mais la voiture elle-même évolue dans un environnement complexe. Pour que le système fonctionne, il faut une géolocalisation extrêmement fine et des cartes numériques d’une richesse rarement atteinte. « Le GPS ne suffit pas », insiste-t-il. BMW compte alors s’appuyer sur la caméra frontale du véhicule pour collecter des indices visuels, les confronter à la cartographie numérique et affiner ainsi la position. L’intelligence artificielle qui gère toute cette mécanique opère localement, embarquée dans la voiture, et ce savoir-faire ouvre également la voie à l’autonomisation des véhicules, qui exige ce niveau de détail cartographique.
Cette approche s’inscrit dans la continuité du développement de l’assistant embarqué IPA de BMW. « Sur ce volet, nous utilisons Azure Cognitive Service et prévoyons d’intégrer ces nouvelles façons d’interagir, reconnaissance du regard, gestes, à la même base technologique. Pour nous, c’est la clé de la multimodalité. (…) Notre collaboration avec Microsoft fonctionne pleinement, et on s’attend à ce qu’elle se prolonge. »
Grote rappelle que BMW s’appuie depuis longtemps sur le cloud, forte de son expérience dans les services automobiles connectés. « Nous ne percevons pas la voiture comme un simple terminal isolé branché au cloud : nous voyons ces véhicules connectés comme un réseau, une sorte d’essaim doté d’une intelligence collective. »
Avant d’aller plus loin, il convient d’illustrer comment BMW aborde la connectivité moderne dans l’automobile :
- La connectivité véhicule-à-tout (V2X) retient toute l’attention du secteur aujourd’hui, notamment avec l’arrivée de la 5G et ses échanges ultra-rapides.
- BMW juge que les systèmes V2X qui s’appuient sur le réseau cellulaire et le cloud offrent des avantages concrets face aux solutions qui relient directement les voitures entre elles.
- D’après Grote, ces architectures connectées sont plus simples à maintenir, capables d’évoluer d’une norme à l’autre, et ouvertes à l’intégration de générations différentes, ce qui favorise la communication entre constructeurs.
« Un système cellulaire, c’est la voie du futur : facile à maintenir, sécurisé, et la meilleure base pour garantir la pérennité du développement, bien plus que des standards dépassés issus d’une époque où personne ne se souciait des échanges machine-to-machine. »
BMW s’appuie donc sur le cloud pour une grande partie de ses innovations récentes. D’autres acteurs du secteur, comme Daimler, ont aussi migré leurs plateformes de données vers le cloud. Ce choix s’explique facilement : la gestion de services en ligne n’est pas, par tradition, au cœur du métier des constructeurs. Même dotés de centres de données maison, ceux-ci ne permettent pas de démarquer leurs produits face à la concurrence féroce. L’énergie est mieux investie dans la création d’applications et de fonctionnalités inédites. Les géants du cloud, eux, assurent une couverture mondiale, et mettre en place une redondance fiable coûte cher, parfois trop.
Pourquoi BMW parie sur le cloud
En misant sur Azure et le cloud, BMW ne se contente pas de suivre une tendance technique : le groupe s’offre une base solide pour accélérer sa mutation, fluidifier l’expérience à bord et préparer, sans bruit, le terrain des véhicules autonomes. L’automobile sort de l’ère du moteur pour s’en remettre à la puissance discrète du calcul distribué : le prochain virage se dessine, et il s’annonce radical.



