La Sécurité intérieure pourrait faire davantage pour protéger l’infrastructure électorale à venir, selon un nouveau rapport du chien de garde du ministère.
Le dernier rapport de l’inspecteur général, publié mercredi, dresse un bilan mitigé. Malgré quelques avancées, la Sécurité intérieure, pourtant censée défendre les élections et tout l’écosystème des machines de vote, fonctionne sans équipe dédiée à cette mission. Même la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA), fraîchement créée pour muscler la cybersécurité du pays, n’a pas vraiment les effectifs requis pour épauler les responsables électoraux locaux ou d’État dans la sécurisation du matériel de vote.
Plus préoccupant encore : les 102 conseillers censés veiller sur une douzaine de secteurs d’infrastructures critiques, dont l’élection, jonglent en permanence avec des priorités mouvantes. La consigne ? Se focaliser sur « le prochain événement d’ampleur » connu, qu’il s’agisse d’éviter une fusillade à l’école ou de préparer un rassemblement majeur.
Pour préciser ces constats, le rapport souligne quelques points précis :
- Les responsables du CISA eux-mêmes reconnaissent que le manque de personnel freine nettement les efforts du DHS pour protéger l’infrastructure électorale.
- Des mesures sont bien annoncées, comme l’embauche de conseillers supplémentaires en cybersécurité, mais leur effet reste à prouver à court terme.
Mais le problème ne s’arrête pas à la question des effectifs. L’attribution des habilitations de sécurité traîne en longueur, compliquant sérieusement le partage d’informations sensibles sur les menaces qui planent sur les élections, notamment pour les agents de terrain. Plusieurs responsables locaux admettent aussi une certaine méfiance envers l’aide fédérale, ce qui freine la coopération et limite l’efficacité des évaluations de sécurité proposées par la Sécurité intérieure.
Sur ces sujets, le rapport ne mâche pas ses mots : il devient urgent de lever ces obstacles pour améliorer la qualité du service, la diffusion d’informations pertinentes et l’accompagnement proposé aux acteurs de l’élection.
Cette analyse tombe quelques semaines seulement après que le ministère de la Justice et la Sécurité intérieure ont affirmé n’avoir trouvé « aucune preuve » d’une intervention étrangère ayant eu un impact réel sur les machines ou les infrastructures électorales lors des dernières élections de mi-mandat en 2018. Pourtant, depuis des années, les experts en sécurité alertent : les machines de vote électronique vieillissantes peuvent être facilement piratées, ce qui expose la sincérité du scrutin. Beaucoup d’entre elles ne délivrent même pas d’accusé papier, rendant tout recomptage ou vérification pratiquement inenvisageable.
À moins de deux ans de la prochaine présidentielle, le ministère n’a donc pas effacé tous ses angles morts. D’après le rapport, même si la loi fédérale impose certaines obligations, la Sécurité intérieure n’a pas encore finalisé les plans nécessaires pour anticiper les nouvelles menaces, ni défini de critères concrets pour mesurer l’avancée des protections mises en place. Les départs fréquents à la tête du ministère, deux secrétaires en douze mois, ont laissé l’administration sans feuille de route claire ni pilotage stable.
Le rapport le dit sans détour : tant que ces failles perdureront, impossible d’assurer une stratégie solide et coordonnée pour défendre l’infrastructure électorale du pays.
Tout n’est cependant pas à jeter. Le chien de garde note que l’accompagnement fédéral auprès des États et collectivités s’est renforcé. Les audits de cybersécurité et les évaluations des risques gagnent du terrain dans de plus en plus d’États, et la qualité des informations transmises aux agents électoraux progresse, même si l’obtention d’une habilitation de sécurité reste un parcours du combattant.
Sur ces cinq recommandations émises par le rapport, la Sécurité intérieure affirme partager le diagnostic et vouloir avancer.
Ministère de la Justice : Aucune preuve de piratage électoral lors des élections de 2018

